| JOURS DE LARMES |
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2 mars 2005 -15 h "Aujourd'hui; c'était jour de larmes à Beauregard. Naya est partie et comme m'a dit si joliment Sophie "maintenant elle va mieux". Il y a des jours de joie à Beauregard, les jours ou les "Canine"; les "Tobby"; les "on n'y croyait plus" trouvent une famille, mais combien de jours de larmes pour ces jours de joie !!! Aujourd'hui, j'étais là par hasard. Quand j'ai fermé la porte du refuge, je laissais tout cela derrière moi, j'allais reprendre bien égoïstement le cours de ma vie. Et bien non, la belle Naya est dans mon coeur, dans ma mémoire. Pour moi, Naya la Belle; c'est un regard très doux croisé dans un petit bureau, c'est l'image si présente sur Internet et une, parmi tant d'autres, triste histoire ! et je n'arrive pas à l'oublier. ALORS pour vous gens de Beauregard qui avez vécu auprès d'elle, je n'arrive pas à imaginer votre peine. ALORS pour vous gens de Beauregard qui vivez, des jours de larmes plus que vous ne devrier en supporter; des jours d'inquiètudes qui font votre quotidien et si peu de jours de joie ! Comment faites-vous pour continuer, y croire encore ? Arrivez-vous encore à fermer les portes du refuge et laisser des jours de larmes derrière vous quand vous rentrez chez vous ? Je ne crois pas et je suis, ce soir, très admirative devant votre courage, le courage des fous diront certains, mais nous avons besoin de ce courage là ! Je suis honorée de connaître des âmes aussi belles que les vôtres, je suis heureuse de voir qu'il reste des humains qui savent ce qu'est l'humanité. Merci à Laurence et Sophie d'avoir eu le courage d'être là, près de Naya. Merci aux "fourmis" de Beauregard qui oeuvrent dans l'ombre pour nourrir, nettoyer, aimer tous les laissés pour compte des humains qui n'ont pas le courage d'affronter les jours de larmes. Merci et.... courage. Florence. |
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| Merci Florence. Votre courrier nous a tous tiré les larmes au yeux (voire plus !). J'en profite pour remercier également les gens qui nous ont envoyé des messages de réconfort suite à la disparition de notre Naya (une cinquantaine de messages plus sympathiques les uns que les autres). Tiens voilà un autre message qui arrive. Je vous le livre tel quel : | |||||
| Mercredi
02 mars 2005... J'étais à l'autre bout du fil. J'appelais, la jolie photo de Naya sous les yeux; je venais de recevoir le bulletin, presque optimiste .J'appelais pour prendre des nouvelles,parler des cartes,de la joie de voir mon chien ramener les boules de neige... "Il n'y a pas de hasard"...Les forces qui attachent certains humains nous amènent à partager les joies, les peines aussi… J'ai vécu la fin de la Reine sans m'y attendre... La voix de Laurence,une phrase angoissée puis une,deux,trois,quatre,cinq minutes d'attente,sans un bruit;seulement celui de mon coeur qui battait plus vite,de ma main qui tremblait sur la table. Quelques minutes contre une éternité... Départ doux et calme, merveilleusement respectueux... Des sanglots, ceux de mon amie, qui m'ont anéantie... Naya était partie...dans un dernier câlin...sous des mots tendres et rassurants, des mots d'amour, j'en suis certaine… Il neigeait beaucoup ce jour-là et je me suis dit qu'il neigeait partout, sur la terre, dans le ciel, sur les coeurs... J'imagine l'émotion au recevoir de cette lettre; cette dame a tout à fait raison,on ne peut ressentir,écrire de telles choses que quand on est allé chez toi qu'on a vu,vécu et attendu,regardé et observé tous les regards,ceux des humains,ceux des chiens,quand on a pris le temps de s'arrêter devant chacun et de plonger son regard dans le leur... Marcher dans les allées de Beauregard est singulier. Il est impossible de les quitter...Passer devant chacun et voir et regarder et ressentir. Laisser son coeur parler...Echanges de regards, attentes, espoirs, questionnements, jappements puis "ça" redescend car il a compris que ce ne serait pas lui; elle a compris qu'elle ne sortirait pas de son box, pas aujourd'hui, ou seulement pour une promenade, elle se dira peut-être "c'est déjà pas mal, moi je sors au moins"... Puis ils se retournent, la joie de l'espoir retombée… et là, vraiment, on a honte, on se sent si petit, si faible de les laisser là, de les regarder tourner une ou deux fois sur eux mêmes puis de se coucher, seuls, sur le sol... Ils poussent un soupir, relèvent encore une fois le regard vers nous et nous ignorent; c'est tout ce qu'on mérite et ils ont bien raison. Résignation. Puis il y a les optimistes devant l'éternel, les "hyperactifs", les "hyperdonnants" pourrait-on dire. Tout aussi émouvant. L'impression que jamais leur espoir ne faiblit, ils sautent, appellent, sourient, se serrent aux barreaux pour apprécier au mieux la main tendue pour caresser quelques secondes leur fourrure, on sentira leur corps si on a de la chance, si on prend cette importance-là. Quand on repassera, ils recommenceront car jamais lassés d'une main, d'un regard tendre, d'une parole sur le plus doux des tons de voix. Je me sens bien dans la famille Beauregard car il n'y a de la place que pour ce qui est bon:la tendresse, les mots doux, le toucher, la douceur des caresses et des baisers, les attentions, petites et grandes ...et cet immense respect de la vie, la délivrance ultime par amour. Il y a le temps pour toutes les émotions et la spontanéité. Les rires, les sourires, les larmes...de tristesse ou de joie; la limite est parfois floue. Le plaisir de les voir se rouler dans l'herbe, de jouer...La douleur d'interrompre ce plaisir, de les rentrer dans le box parce qu'ils y ont tous droit et que c'est le tour d'un autre...A Beauregard,il y a le temps pour la compréhension de toutes ces émotions. Je ne quitte jamais Beauregard. A chaque visite, je m'en remplis un peu plus. Chaque fois mes larmes coulent, sur les truffes auxquelles je dis au revoir, sur la vieillesse de l'un que je ne reverrai probablement pas, sur le regard d'un autre qui me transperce de douleur de ne pas l'emmener, sur l'animal "trop" câlin qui se colle à moi et qui pose ses pattes sur mes épaules au moment où j'esquisse un mouvement de recul, d'au revoir... Je ne quitte jamais la "famille" sans faire une dernière tournée de friandises, à chacun, même à ma filleule qui reste prostrée dans son igloo toute l'année. Je me glisse un peu auprès d'elle, tente de lui dire que quelqu'un l'emmènera un jour, il le faut...elle a été terrorisée et porte la souffrance morale de son passé chaque jour de sa vie. Le tour est fini, les larmes coulent toujours...Je retourne voir les "humains", je m'empêche de retourner encore une fois faire le tour extérieur... Je repars toujours avec l'immense bonheur de me dire qu'ils ont de la chance; la chance de vivre, de réapprendre à vivre,de réapprendre les caresses,les câlins,de manger,d'être soignés,d'être aimés...Que même s'ils sont vieux et moches et jamais adoptés,ils finiront LA,en famille avec la tendresse pour compagne quotidienne. Laurence, avec "son coeur et son âme grands comme ça " et bien plus encore, est assurément l'une des plus jolies rencontres de ma vie... Karine |
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