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"LE
POINT DE NON RETOUR"
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![]() Photo : Gil Chamberland |
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| En
général, ils partent soulagés, carrément débarrassés, tout légers d’avoir
déposé le fardeau, c’est lourd, un être vivant, ils partent, donc, sereins,
même, sans un regard, sans laisser un sou, que leur importe, le refuge
paiera pour les soins, pour la nourriture, supportera le poids de la lâcheté
et de l’irresponsabilité, consolera, tant bien que mal — et même plutôt
mal, tellement ils sont nombreux, eux, les chiens, et tellement peu, eux,
les humains, à s’engager dans cette galère sans fin et à ne pas faillir
—, cette vie brusquement accidentée, ce cœur en état de choc, ils sont
là pour ça, c’est leur boulot, et clac, la grille du box refermée sur
lui, cage, prison, barreaux, incarcération, béton, que lui arrive-t-il,
il ne comprend rien,parce que les chiens sont comme ça, et puis, comme
un coup de tampon, il se retrouve répertorié dans la catégorie Abandonnés,
c’est alors là que tout bascule, à ce moment précis il est trop tard pour
revenir en arrière, on appelle cela « l’irrémédiable », le point de non-retour,
comme en amour, comme pour les avions, décollage, atterrissage, parfois,
même, c’est le crash, Inch’Allah, mais lui sait qu’on va venir le rechercher,
car l’amour, puisque le sien l’est, demeure éternel, tout comme la confiance,
celle qu’il a donnée, sans réserve, sans calcul, parce que les chiens
sont comme ça, les humains aussi, parfois, enfin, certains, et longtemps,
la tête tournée dans la direction où il a vu partir son dieu, les oreilles
dressées, le museau frémissant en un doux mais régulier gémissement, indifférent
au bruit, aux autres chiens, au va-et-vient du personnel, aux visiteurs,
longtemps il va l’attendre, longtemps il va le prier, parce que, voyez-vous,
croyez-moi, vraiment, les chiens sont comme ça. |
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